| Si je devais en faire un tableau,
je prendrais tout d'abord du blanc,
un blanc intense et lumineux
gorgé des couleurs de la montagne dans toutes les autres saisons,
un blanc qui scintille de milliers de diamants quand le soleil vient le caresser
un blanc doux et moelleux qui arrondit les angles et qui rebondit sous les pieds.
De temps en temps, je laisserais percer des rocs et des aiguilles,
des Encantats, des tucs de la Ratera, des tucs de Saboredo, des port de Colomers,des Punta Alta,
de ces montagnes que l'on nomme avec un peu d'accent pour qu'elles chantent mieux.
Et dans le ciel, je ferais bouger des nuages ronds, effilochés ou gorgés de neige,
de ceux que l'on regarde pour y lire le temps qu'il fera un peu plus loin.
Si je pouvais y mettre du son, je choisirais d'abord le silence
un silence assourdissant
vidé du bruit de moteurs stressés, d'usines rentables et de téléphones portables
un silence gorgé de sérénité qui passe comme un courant d'air frais
et qui réharmonise les pensées au rythme de nos pieds;
et puis de temps en temps, en tendant bien l'oreille,
on entendrait le bruissement d'un ruisseau rebelle
qui résiste à la gelée avant de replonger sous la neige,
ou le chant étonné d'un oiseau égaré,
ou le ronflement rythmé de randonneurs entassés...
Et puis il y aurait les odeurs du soir,
celles des chaussettes exténuées qui se requinquent près du poêle,
celle épicée et suave du vin chaud qui se partage avec ses compagnons de balade
celle anisée du pacharan qui donne envie de rêver et de raconter.
Et si enfin il ne fallait garder qu'un seul mot,
j'écrirais "enchanté" en bas du tableau
comme un bout de rêve entre deux métros du quotidien
comme un éblouissement, un crépitement d'images
un conte qui chante
un encantat...
Voilà pour la poésie des Coutrillons de retour dans leur campagne!
Encore merci Jeannot pour cette belle balade.
Anne et Rodolphe- mars 2002
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